Arthrocentèse de l’ATM : pour qui ? pourquoi ? comment ?

Dr Chardain

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11 février 2020

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L’arthrocentèse de l’articulation temporo-mandibulaire est une technique de chirurgie mini-invasive dont l’efficacité est connue depuis les années 1990.

Largement utilisée de nos jours dans le traitement des désordres temporo-mandibulaires, cette intervention simple et efficace constitue une option incontournable aux chirurgies invasives.

C’est Nitzan [1] qui décrivit le premier cette technique en 1990, en constatant que le simple lavage articulaire réalisé au cours d’une procédure d’arthroscopie permettait à lui seul d’améliorer les symptômes de certains dysfonctionnements temporo-mandibulaires résistants aux traitements de première ligne.

Rapidement popularisée au cours des années 2000, l’arthrocentèse est aujourd’hui un traitement régulièrement proposé dans le cadre de la prise en charge des troubles de l’ATM.

De quoi s’agit-t-il ?

Une arthrocentèse de l’ATM consiste en une ponction du compartiment supérieur (temporo-méniscal) de l’articulation temporo-mandibulaire. Cette ponction est classiquement suivie d’un lavage articulaire par une solution physiologique. De plus en plus souvent, nous réalisons l’injection d’agents pharmacologiques, avec l’objectif de réduire les douleurs, l’inflammation, ou de lubrifier l’articulation (on parle de visco-substitution).

Selon les cas, sont injectés un anti-inflammatoire d’action prolongée (acétonide de triamcinolone), de l’acide hyaluronique (qui est un des constituants naturels du liquide synovial), voire un dérivé morphinique (par analogie avec les approches utilisées en rhumatologie).

Quel est le mécanisme d’action d’une arthrocentèse ?

L’efficacité de l’arthrocentèse est principalement liée à la levée d’adhérences bloquant la mobilité méniscale, à l’élimination de médiateurs de l’inflammation, et probablement aussi au repositionnement méniscal favorisé par l’augmentation de la pression intra-articulaire au cours du lavage.

L’injection de corticoïdes a pour objectif de réduire l’inflammation intra-articulaire ; celle d’acide hyaluronique a vocation à améliorer la lubrification articulaire en augmentant la viscosité du liquide synovial. Enfin l’injection de dérivés morphiniques permet une action antalgique locale, validée par l’expérience, mais dont le mécanisme n’est pas parfaitement élucidé (la présence de récepteurs aux opiacés dans l’ATM n’étant pas démontrée).

Quelles sont les indications ?

Le plus souvent, une arthrocentèse de l’ATM est proposée en cas d’échec des approches non invasives (kinésithérapie, gouttières, traitements médicamenteux). Il s’agit donc d’un traitement de seconde ligne.

Les indications principales sont les luxations méniscales réductibles et irréductibles résistantes aux traitements conventionnels, les pathologies inflammatoires (capsulite, synovite, arthrite), ainsi que l’arthrose notamment en cas de poussées récurrentes et douloureuses.

La littérature récente note que cette procédure permet à la fois une amélioration des douleurs, de l’ouverture buccale, et de la qualité de vie. Plus encore, il ressort de ces études que cette technique permet des résultats stables dans le temps avec une pérennité de plus de 6 mois pour de nombreux auteurs, à l’issue d’une seule séance.

Quelles sont les complications possibles ?

L’arthrocentèse est un geste bénin, dont les complications sont rares et réversibles : œdème de la joue, sensation de trouble occlusal, parésie faciale transitoire (territoire frontal), exceptionnellement hématome voire infection au point de ponction pouvant nécessiter un traitement spécifique.

En réalité, le principal risque est celui d’un résultat insuffisant ou d’une réapparition précoce des symptômes.

Comment se déroule une arthrocentèse ?

Si le geste est réalisable sous anesthésie locale, nous le proposons plus régulièrement sous anesthésie générale, pour des raisons de confort et afin d’obtenir un meilleur relâchement musculaire du patient.

La procédure dure une vingtaine de minutes. Deux aiguilles sont insérées dans le compartiment supérieur de l’ATM. Une irrigation est réalisée sous pression manuelle par 400 à 500 mL de solution isotonique. Selon les cas, une injection intra-articulaire peut-être réalisée en fin de procédure (acide hyaluronique, acétonamide de triamcinolone, dérivés morphiniques).

Une anesthésie locale est réalisée au niveau des points de ponction afin de diminuer les douleurs post-procédure. Un petit pansement Stéri-strip est positionné sur chaque point de ponction.

La sortie de la clinique se fait quelques heures après le geste.

L’alimentation doit être molle pendant les premiers jours afin de ne pas trop solliciter les ATM. Un traitement antibiotique et antalgique est prescrit pendant quelques jours.

Enfin la rééducation est généralement reprise dès la semaine suivante, afin d’optimiser et de pérenniser les résultats de la procédure.

[1] Nitzan et al. « Arthroscopic lavage and lysis of the temporomandibular joint: a change in perspective ». J Oral Maxillofac Surg 1990 ; 48 : 798-802

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